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 Home is where the heart is

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Gondor

Cayla
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Gondor
MessageSujet: Home is where the heart is   Ven 27 Nov - 6:11

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Les couloirs de la demeure seigneuriale étaient silencieux lorsqu'elle en était sortie ce matin-là. Le seigneur son époux était occupé à gérer son royaume, ses enfants étaient avec leurs nourrices, et elle avait prétexté une envie de se promener dans les jardins. Une excuse pour ne pas avoir besoin d'une escorte qu'elle aurait eu du mal à semer dans cette robe qui l'étouffait, s'ajoutant à l’asphyxie des mois qui s'étaient écoulés depuis son mariage. Sans un regard en arrière elle s'était éloignée dans les allées vertes qui menaient vers la sortie, adressant un faible sourire aux gardes de la porte qui menait vers l'extérieur. Il n'était pas courant de la voir s'aventurer dans les parages, mais qui aurait pu deviner que la Dame de Lebennin comptait s'évader de ce qu'elle avait fini par considérer comme une prison? Elle se souvenait du chemin qu'elle avait parcouru en arrivant des mois auparavant, retrouvant le port et les fiers esquifs gondoriens qui y étaient amarrés, pour finalement se diriger vers celui qui avait l'air le plus rapide. Celui qui ressemblait au bateau qui l'avait amenée ici en tout cas.

Quelques mots au capitaine, une certaine somme d'argent glissée avec un sourire aimable, et elle embarquait. Elle avait senti quelque chose serrer sa gorge lorsqu'elle avait prononcé la destination, des mots qui évoquaient tant de souvenirs pour elle. Minas Tirith. La ville où elle était née, l'endroit où elle avait été elle-même, heureuse, et pas seulement un pion sur un échiquier dont elle ignorait la moitié des règles. Bientôt elle pourrait revoir sa famille, se blottir dans les bras de son père et taquiner son frère. Bientôt elle pourrait échanger cette robe lourde et contraignante pour une de celles qu'elle portait dans la Cité. Bientôt elle pourrait sourire à nouveau, vraiment. Elle serait chez elle dans la soirée, le lendemain matin au plus tard. Combien de temps avant qu'on ne remarque son absence, avant qu'on ne la cherche... Avant qu'on se lance à sa poursuite? Les amarres avaient été larguées moins d'une heure après qu'elle ait payé son passage, qu'elle avait passé dans la cabine du capitaine, à l'abri.

Mais après les premières heures où le poids sur son cœur s'était allégé à mesure que le bateau la rapprochait de sa famille, elle avait fini par réaliser ce qu'elle avait fait. Elle s'était enfuie de ce qui était désormais chez elle, sans avertir personne, sans même demander l'avis de qui que ce soit, sur un coup de tête, parce qu'elle ne supportait plus Pelargir. Parce qu'elle avait besoin de voir sa famille. Mais il était trop tard pour faire demi-tour et revenir à Pelargir comme si de rien était. Avancer, ne surtout pas se retourner, et composer avec ce qui l'attendrait très certainement dans la capitale. Dans le ventre du navire elle avait attendu que les champs du Pelennor soient enfin en vue, n'en sortant que pour admirer les Montagnes Blanches et la ville immaculée qui se dressait majestueuse à leur extrémité orientale dans la pénombre. Même en pleine nuit Minas Tirith rayonnait, et elle sentit une larme glisser sur sa joue, qu'elle laissa couler, aussi amère que douce. Et maintenant? Elle ne pouvait pas aller dans la demeure de son père, doutant qu'il prenne bien sa fugue.

Le chemin jusqu'à la Grande Porte avait été consacré à la recherche d'une autre solution, qu'elle avait trouvé quand son regard s'était posé sur la colline de la Garde. Gravissant un à un les cercles le visage caché sous la capuche de la cape qui la couvrait entièrement, elle s'était arrêtée au sixième devant une bâtisse qu'elle connaissait bien. Une grande inspiration et elle jeta un regard autour pour s'assurer que personne ne l'observait avant de frapper. La porte s'ouvrit après quelques minutes pour révéler une silhouette qui l'avait toujours impressionnée autant qu'elle la rassurait et elle abaissa sa capuche. Capitaine... Droite, elle gardait cependant les yeux au sol, n'osant croiser le regard de celui qui l'avait vue grandir. Tous deux étaient de fervents serviteurs du Gondor et de son Intendant, tout comme ils savaient parfaitement pourquoi elle n'avait pas à se trouver ici. Pas seule en tout cas, et encore moins en pleine nuit. La dernière fois qu'ils s'étaient vus elle était encore la fille de son ami, une jeune noble servant aux Maisons de Guérison, promise à un grand seigneur certes mais pas encore mariée. Encore libre.




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Gondor

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Gondor
MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Ven 27 Nov - 22:26

Home is where the heart is


Cayla & Demenor

La nuit sur le Gondor a quelque chose de magique. Un soupçon d’éternité et de quiétude. Elle est une enveloppe à la fois protectrice et terriblement angoissante. J’aime la contempler. Depuis la place, quand elle embrasse de sa froideur l’arbre blanc du Gondor, quand les cercles de la ville s’évanouissent dans l’obscurité. Le silence y règne en maitre, à peine brisé çà et là par des rires de jeunes gens échauffés par les boissons des tavernes, par des amants occupés. Je souris, ayant parfois l’impression d’être un vieillard dans ce monde. Cette impression empire les soirs comme celui-ci. Le soleil était déjà couché quand j’étais rentré, mais mes enfants étaient restés debout. Ma fille avait cuisiné. A voir les pans de sa robe déchirés bien qu’elle tente de me le cacher, je me doutais qu’elle avait dû s’entrainer à l’épée. Je ne sais qu’en penser. En tant que future Dame, elle ne devrait pas. Mais quelque part, j’en étais fier. Alors je n’avais rien dit, pas pour cette fois.

J’avais diné avec eux, en écoutant le récit de l’entrainement de mon fils, les leçons de ma fille, tout en ayant mon dernier enfant sur les genoux. Nous faisons face. Leur mère me manque parfois, les soirs comme celui-ci. Le fait que l’amour ne nous liait guère n’empêchait que nous adorions notre progéniture. J’avais couché mon petit dernier après avoir embrassé son front, puis j’avais embrassé celui de ma fille quelques heures après, avant de serrer la main de mon fils. Et je m’étais assis dans mon fauteuil, regardant à travers la fenêtre et sirotant ma boisson dans le crépitement du feu qui mourrait dans la cheminée.

J’aime cette part de ma vie. Certes, j’aime les combats, défendre la ville, mais j’apprécie ces instants simples, juste humains et familiaux. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’on vienne interrompre ce moment de quiétude à une heure aussi tardive. Jamais mes hommes ne viendraient chez moi sans une très bonne raison. Non sans inquiétude, je me redresse, et me dirige vers la porte. L’alarme n’a pas été lancée, il ne devrait rien y avoir d’absolument urgent. Alors qui ose venir chez moi à une telle heure, sachant qu’en plus je veille mes enfants ? Ouvrant la porte, je jette un regard sévère à la silhouette qui se dresse devant moi, presque aussi sombre que la nuit. Je m’attendais à tout sauf à cela. Le visage qu’elle découvrit, cette voix…

« … Cayla ? Que fais-tu… je veux dire… que faites-vous ici ma Dame ? »

Alors que j’ai esquissé un geste pour déposer un baiser sur son front comme j’ai pu le faire autrefois, je me rappelle qu’elle n’est plus la fille de mon amie, une enfant que j’ai tenu dans mes bras, une fille que j’ai vu grandir. Elle est une Dame à présent. La Dame de Lebennin.  Une jeune femme belle et mariée, qui n’a donc rien à faire ici. A voir son regard, à la voir là, dans la nuit, ici au lieu d’avoir rejoint son père, je comprends qu’il y a un problème. Je jette un œil aux environs, avant de l’inviter à entrer et refermer derrière elle. Evitant de la toucher, restant à ma place de Capitaine et non plus de l’homme sur les mains duquel elle avait jadis uriné alors qu’elle ne faisait que gazouiller, je lui indique un fauteuil orienté vers la cheminée. Non sans attendre, je rallume le feu.

« Assieds… Asseyez-vous. »

Je soupire, je ne m’y fais absolument pas. Son père va me tuer s’il apprend que je l’ai hébergée alors qu’elle cache visiblement quelque chose. Je devrais la ramener auprès de sa famille, mais je ne peux m’y résoudre, du moins pas avant d’avoir un semblant d’explication. Les femmes ont ce je ne sais quoi dans le regard qui malheureusement vous désarme. En silence, je verse un peu de vin dans un verre que je lui offre. Le vin réchauffe toujours après un long voyage et réconforte les âmes en peine. Il peut délier les langues également.

« Cayla, vous ne devriez pas être ici, en pleine nuit et seule. Où est votre époux ? »

Ma voix est douce, mais ferme. Elle n’a pas intérêt à me mentir. Pas effrontément et pas sous mon toit où dorme mes enfants, les enfants qu’elle a gardés. Je me tiens droit devant elle, ne sachant réellement quelle posture adopter face à elle. Ami ? Capitaine ? Après tout, c’est bien par mon titre qu’elle m’a nommé. Peut-être devrais-je au moins lui offrir de quoi se restaurer. Mais d’abord une réponse. Elle n’est pas venue en qualité de Dame de Lebennin ou il y aurait toute une escorte à ses côtés, alors elle devra accepter de répondre à mes questions.
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Gondor
MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Sam 28 Nov - 7:02

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Elle avait vu son geste avorté, tout elle avait entendu le comme changement dans sa façon de lui parler. Et puis il y avait eu ce mot. Dame... C'était ce qu'elle était maintenant, la Dame d'un royaume qu'elle n'avait jamais vraiment vu, et n'avait aucune envie de voir. Une Dame à qui il devait parler d'une certaine manière, bien loin de celle qu'il utilisait quand elle n'était que Cayla. Leurs places étaient différentes maintenant, et elle détestait ça. Elle avait légèrement baissé la tête lorsqu'il lui avait fait signe d'entrer, défaisant le lien qui retenait sa cape en passant le pas de la porte, avant de s'installer dans le fauteuil qu'il lui avait désigné. Les yeux sur le feu qu'il ravivait, elle profitait du silence qui ne durerait plus très longtemps, tentant de réfléchir à ce qu'elle pourrait bien répondre aux questions qui viendraient bientôt, et à ce qu'elle ferait ensuite, pour avoir un léger sursaut lorsqu'il lui tendit un verre de vin. Au moins il utilisait à nouveau son prénom, bien plus agréable que ce titre qu'elle voulait oublier.

Et la première question arriva, prévisible. Son époux, celui à qui on l'avait donné, qui contrôlait désormais sa vie, jusqu'à aujourd'hui en tout cas. Comment avait-il réagit à l'annonce de la disparition de sa femme? Elle doutait qu'il se soit inquiété ou ait été très gêné de son absence, peut-être avait-il envoyé des hommes à sa recherche, des soldats qui viendraient finalement récupérer son bien où qu'il soit. À Pelargir... Sa gorge se serra et elle but une gorgée, tâchant de faire disparaître l'amertume sur sa langue sans réel succès. Il ne savait pas que je comptais venir ici. Tout comme il ne devait pas savoir à quel point sa ville natale lui manquait. Ou ça ne l'intéressait pas. Pendant des années elle avait rêvé d'un mariage heureux, comme celui de ses parents, où mari et femme prenaient soin de l'autre, se parlaient, s'estimaient. Elle avait rêvé d'un foyer chaleureux, de sourires et de douceur malgré l'ombre qui se levait à l'Est. Elle s'était imaginée qu'elle désirerait celui qui se glisserait dans son lit la nuit, qu'elle serait plus pour lui qu'une matrice pour porter sa descendance et soulager ses besoins charnels. La réalité avait été bien plus cruelle, plus froide aussi.

Elle but une nouvelle fois, le regard toujours posé sur le feu, se demandant s'il lui serait possible d'emporter sa chaleur avec elle quand elle devrait retourner dans le Sud. Je sais que je devrais pas être là, encore moi dans cette maison, mais je ne savais pas où aller... Son père ne l'aurait pas chassée, mais elle aurait eu le droit à un sermon, suivi d'un autre de son frère, et aurait été mise dans un bateau dès le lendemain matin. En venant ici elle gagnait un peu de temps, autant qu'elle ne passerait pas au Lebennin. Je voulais juste revoir Minas Tirith. Levant finalement les yeux vers lui, elle tenta un sourire, sentant malgré tout ses yeux s'embuer. Vous revoir tous... Détournant le regard pour le poser à nouveau sur le feu, elle refoula les larmes qui montaient. Des mois qui semblaient avoir duré une éternité, avec pour seul réconfort l'idée que quelque part à l'horizon la Cité Blanche était toujours là, même si elle ne pouvait pas la voir. Hors d'atteinte mais présente.

Les deux villes n'étaient pas loin, une journée à peine par l'Anduin, mais elle n'était pas revenue depuis son mariage. Elle n'avait vu aucun visage connu depuis qu'elle était partie en direction de Pelargir, où elle avait été unie au seigneur sans personne pour la soutenir. Son père ne pouvait pas quitter Minas Tirith à cause de ses fonctions au Conclave, son frère pour sa place dans l'armée, et c'était pareil pour celui qui l'accueillait aujourd'hui. Le devoir avant tout, pour le Gondor. Des mots qui l'aidaient à tenir dans la solitude et le froid, au milieu de ce monde dont elle n'aurait jamais voulu. Trois mots pour supporter et endurer, mais ce n'était pas suffisant, sa présence ce soir le prouvait. Elle aurait dû être plus forte, faire ce qu'on lui avait demandé, rester là où on lui avait dit d'être, mais personne n'avait idée de ce qu'était sa vie là-bas. De ce qu'elle était devenue, à des lieues de ce qu'elle avait été jusqu'à ce que le couperet tombe. Je suis désolée... Elle savait qu'elle avait fait une erreur, mais c'était trop tard, elle ne pouvait plus qu'assumer les conséquences. Portant le verre à ses lèvres, elle le vida lentement avant de le serrer entre ses mains, tachant de contrôle l'infime tremblement qu'elle sentait se propager dans ses doigts.




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Gondor

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Gondor
MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Sam 28 Nov - 17:00

Home is where the heart is


Cayla & Demenor

Qui est la jeune femme en face de moi ? Il y a encore quelques temps, la réponse était simple. Elle est Cayla, la fille de mon ami, une enfant que j’ai vu devenir femme. Une jeune femme sous le charme des fils du Gondor. Une jeune femme que mes enfants adorent. Et cela n’aurait choqué personne qu’elle soit ici chez moi, en pleine nuit. Aujourd’hui en revanche… Aujourd’hui, elle n’est plus que Cayla, elle est une femme mariée au Seigneur de Lebennin. Elle n’est plus une enfant, mais une dignitaire. Et désormais, il n’est absolument plus correct qu’elle soit chez moi en pleine nuit. Il y aurait de quoi provoquer un incident diplomatique. Surtout quand son Seigneur d’époux est resté à la maison.

Je secoue la tête, avant d’avaler une gorgée de vin. Ma fille l’adore, et vu qu’elle est déjà aventureuse, j’espère qu’elle ne prendra pas modèle sur Cayla et qu’il ne lui viendrait pas à l’esprit de se sauver de la demeure conjugale quand elle sera mariée. Ce n’est vraiment pas bon tout cela. Comment aurais-je réagi si ma femme avait fui après notre mariage ? Certainement avec rage. Et je peux déjà entendre le grondement de son père quand il saura qu’elle est ici et non plus à Pelargir. Que s’est-il passé pour qu’elle ressente le besoin de fuir ? L’a-t-il maltraitée ?

« Et vous vous êtes dit qu’une femme mariée, fuyant du lit conjugal pour se glisser en pleine nuit dans la demeure du Capitaine des gardes de la Fontaine, veuf de surcroit, serait une bonne idée ? »

Je ne me soucie guère de ma réputation. Je crains pour la sienne. Elle est Dame, et nul n’ignore à quel point les femmes sont observées, à quel point les langues de vipère guettent le moindre faux pas pour les détruire. Je ne veux pas qu’elle connaisse cela, l’humiliation publique. Je suis dur avec elle, j’en ai conscience. Mais elle a cette arme qui me désarme. Ce regard et ce sourire qu’elle lance en me levant les yeux vers moi et en évoquant Minas Tirith. Ma femme avait le même. Ma fille a le même. Et je me suis retrouvé dans bien des lits à cause de ce regard agrémenté de formes agréables. Je soutiens toutefois son regard, jusqu’à ce qu’elle le détourne. Je ne me suis jamais demandé comment ma défunte femme avait vécu son arrachement à sa ville. Je ne me suis jamais demandé comment je vivrais si je devais quitter Minas Tirith. Les enfants m’avaient demandé où elle était passé. Je me souviens que cela les avait quelque peu perturbés. Ma fille, surtout, en avait été affectée. Leur mère d’abord, puis elle.

Je l’observe en silence. Je n’ai jamais été doué pour parler, surtout aux femmes. Eldora m’en soit témoin ! Mais je remarque ce voile dans ces yeux et ses doigts fins trahissant son angoisse. Pourquoi faut-il que cela tombe sur moi ?

« Nous revoir ou revoir les Fils du Gondor ? »

J’esquisse un sourire, histoire de la rassurer un minimum. Hors de question qu’elle dorme dehors en n’étant pas en sécurité. Alors embarras ou non, elle passera la nuit ici. Autant qu’elle soit reposée avant d’affronter son père et son frère.

« Vous avez manqué aux enfants. »

A moi aussi, un peu. Surtout ne plus voir sa silhouette rôdant lors des entrainements de Boromir et Faramir ou dans les maisons de soins, dans lesquelles elle me soignait parfois, jadis. Je m’écarte, allant récupérer une miche de pain et quelques fruits à coque que je lui offre avant de m’asseoir à ses côtés.

« Reprenez des forces. Si vous le désirez, je vous escorterai à travers la ville. Minas Tirith est sublime la nuit. Plus que le jour. »

Je sais les moindres recoins de la ville, je sais où l’emmener pour qu’elle contemple notre majestueuse cité blanche sans que l’on attire l’attention.  Pourquoi est-ce que je lui propose cela ? Je l’ignore, mais je vois la souffrance en elle et cela me chagrine.

« Le mariage n’est jamais comme les femmes l’imaginent, Cayla. Je doute que ma femme ait imaginé notre union comme cela. Pour nous, les choses ont plus ou moins… fonctionné. Nous sommes parvenus à un équilibre qui ne nous fasse nul mal. Mais cela demande du temps, et des concessions. Et finalement, même si notre mariage ne ressemblait guère aux poèmes amoureux chantés par les bardes, sans elle après tout ce temps je suis un peu perdu. Elle vous parlerait mieux que moi. »

Et que dirai-je à ma fille quand viendra pour elle le temps des questions ? Je n’aurai pas la patience, parce que je n’aurai pas les mots. Je ne suis guère pressé d’arriver à ce moment où je donnerai ma fille à un autre homme, loin de là.

« Vous fait-il du mal ? »

Cette perspective éveille en moi une colère sourde que je parviens à enfouir en moi. Je ne pourrai guère faire grand-chose, mais j’ai besoin de le savoir. L’absence d’amour ne doit en aucun cas confiner à l’absence de respect. Et atteindre à la dignité d’une femme, d’une jeune femme, n’a rien d’honorable.  

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Gondor
MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Mer 2 Déc - 5:34

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Ça non plus elle n'y avait pensé. Il avait toujours été un proche, un ami de sa famille, un homme avec qui elle aimait passer du temps même en ayant grandi, même si elle connaissait ses fonctions au sein de l'armée. C'était aussi pour ça qu'elle était venue le voir, cette histoire de réputation ne l'effleurant même pas. Tout n'était désormais de réputation, honneur, devoir, apparence, bien loin de ce qu'elle pouvait ressentir vraiment, de tout ce qu'elle avait été jusqu'il y a quelques mois encore. Jamais il ne lui serait venu à l'esprit qu'on puisse éventuellement penser à mal de sa visite chez l'homme qui l'avait vu grandir, surtout qu'elle-même l'avait toujours vu ainsi et pas autrement, surtout pas comme il le sous-entendait. Elle n'avait même pas relevé sa pique sur son affection pour les fils du Gondor, ne réagissant que lorsqu'il évoqua ses enfants. Juste un coin de ses lèvres qui s'était relevé, une esquisse de sourire. Les enfants lui manquaient aussi, peut-être pourrait-elle les voir demain, les serrer dans ses bras au moins une fois avant de partir, ce qu'elle n'avait pas pu faire avant son mariage. Comment expliquer pourquoi elle avait accepté sans jamais avoir vu son futur mari sans dévoiler ce qui se cachait derrière cet accord? Rares étaient ceux au courant, parce que sa réussite dépendait du secret de cette mission que son père lui avait confié. Et Demenor ne savait pas, du moins pas qu'elle soit au courant.

Hochant la tête à sa mention des beautés de Minas Tirith, elle tournait machinalement sa coupe dans ses mains avant de finalement la poser pour prendre les fruits qu'il lui tendait, sans toutefois manger. En quittant sa si belle cité, elle n'avait pas perdu que son sourire et cette chaleur qui avait fait d'elle une jeune femme épanouie. L'appétit avait disparu quand elle était arrivée dans le Sud, et elle ne mangeait désormais que lorsque c'était nécessaire, pour garder la santé et les apparences. Une autre conséquence de ce mariage qu'elle n'avait jamais voulu. En écho à ses pensées, il tentait de lui expliquer qu'aucun mariage n'était parfait. Temps et concessions... Depuis combien de temps était-elle à Pelargir exactement? Même cette notion était devenue floue, quant aux concessions... Prenant un fruit parmi ceux qu'il lui avait proposé, elle le tournait entre ses doigts. Voila ce qu'elle était, une belle noix qu'on avait donné à un Seigneur qui avait une fringale, bien loin effectivement des contes et chants qu'elle aimait tant. À sa question elle secoua légèrement la tête, les yeux toujours baissés. Son époux ne lui faisait pas de mal, mais pas de bien non plus. Il y avait eu les douleurs des premières nuits, normales pour toute jeune mariée de son rang, mais il n'avait jamais levé la main sur elle ou quoi que ce soit d'autre. Mieux que rien, du moins elle le supposait, mais le contraire n'aurait rien changé.

Reposant finalement le fruit, elle posa sagement les mains sur les accoudoirs et fixa encore un moment le feu. Elle aurait aimé pouvoir faire reculer le temps, redevenir une petite fille et aller se réfugier dans les bras rassurants du grand Capitaine pour oublier ce qui n'aurait dû être qu'un simple cauchemar. Un désir vain, comme l'espoir qu'elle avait eu que leur relation ne changerait jamais. Je suppose que Père ne vous a pas confié les raisons de ce mariage... Elle détestait lui parler comme ça, utiliser cette politesse qui était si loin de ce qu'elle avait été, de la relation qu'ils avaient eu. Pourquoi exactement j'ai été mariée au Seigneur de Lebennin alors qu'il y avait encore une possibilité de négocier une union avec l'un des fils du Gondor. Savait-il même que cela avait été évoqué assez sérieusement quand sa mère était encore en vie? Peut-être avait-il entendu quelque chose venant de l'Intendant lui-même, mais elle en doutait. La fidélité vacillante de son époux envers l'Intendant n'était qu'une rumeur, inquiétante certes mais rien de plus, qu'il fallait faire disparaître. Sur place elle n'avait eu aucune preuve, même infime, mais que se passerait-il si c'était vrai? Que pourrait-elle faire à par prévenir la Cité et attendre que les bonnes mesures soient prises... Et qu'adviendrait-il ensuite d'elle? S'il se révélait être un traître, que ferait-on elle, son épouse? Et les enfants, totalement innocents? Autant de questions qu'elle n'avait pas posé sur le moment, trop choquée par la nouvelle, mais qui tournaient désormais chaque jour dans son esprit, inlassablement.





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Gondor
MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Ven 4 Déc - 17:02

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Cayla & Demenor

Quand ma femme a donné le jour à notre fille, je me suis senti plus faible et plus perdu que jamais. Un garçon, je savais comment cela s’éduquait. Une fille en revanche… Heureusement, je savais que ma femme s’en sortirait très bien et je m’étais remis entièrement à elle pour élever notre fille. Moi je me contentais de la bercer, de jouer avec elle, de la gronder aussi, quand il le fallait. Mais le reste… Le mariage, la vie conjugale, les questions propres à la féminité… non, j’étais et je suis encore un novice absolu. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me quitte si tôt, me laissant la charge de l’avenir de nos enfants et la charge d’expliquer à notre fille que son devoir conjugal serait pénible les premières fois. Il avait d’ailleurs fallu attendre trente ans de vie commune pour qu’Eldora me confie cela. Alors être face à Cayla, à peine plus âgée que mon aîné…

Non, je ne suis hélas pas la meilleure personne pour l’aider. Pourtant c’est ici qu’elle est venue. Je ne sais pas parler à ma fille qui est une enfant, comment le ferais-je à une femme ? A une femme qui visiblement n’apprécie guère le mariage, décision inattaquable et indiscutable de son père. Comment réagirais-je si c’était ma fille qui avait fui l’homme que je lui avais choisi ? Mal très probablement. Mais si je voyais ce même voile dans son regard que celui qu’arbore Cayla aujourd’hui, je serais bien en peine de la rudoyer. Il fallait que je pose la question, délicate. Et j’éprouve un soulagement quand elle me confie qu’il ne la maltraite pas. Je continue de l’observer quand elle reprend son rang de Dame. Ma fille me parlera-t-elle ainsi un jour ? Peut-être, ainsi va le chemin de la vie. Néanmoins, elle a le mérite de m’intriguer. J’avais en effet été surpris du choix de son futur et désormais époux. Je savais qu’il avait été question d’un mariage avec l’un des fils du Gondor. Du moins, cela avait été espéré. Le choix s’était révélé digne, mais moins socialement avantageux et moins plaisant pour la jeune femme surtout.

« Je suppose que personne n’a remarqué que vous ne mangiez plus ? Je repousse vers elle l’assiette avec les fruits, rivant mon regard bleu dans ses prunelles. Nourris-toi, Cayla, tu n’es pas chez ton époux et s'il faut que je te nourrisse comme je l'ai fait jadis, je le ferai. »

Mon ton n’est plus propice à une quelconque négociation. Je ne m’adresse plus à la Dame d’un Seigneur qui n’a pas su s’occuper d’elle, mais à celle que j’ai vu gambader à moitié nue du haut de ses deux ans dans les cours de Minas Tirith, celle qui a joué avec mon fils, d’à peine trois ans son cadet. Je ne la vouvoie plus. Ce n’est pas la Dame qui m’importe, même si c’est ce qu’elle est aujourd’hui et que son honneur sera désormais l’une des choses les plus précieuses à préserver. Je me cale de nouveau dans mon fauteuil, essayant toujours de comprendre quelle attitude adopter face à elle.

« Sa décision m’a surpris en effet et j’ignore la raison de ce mariage. Je ne suis pas au fait des règles du jeu des alliances. J’ai accepté mon union telle que mon père l’avait désirée et je comptais bien sur Eldora pour m’accompagner dans celles de nos enfants. Ton père en revanche semblait savoir ce qu’il faisait. »

Mon regard se perd brièvement dans les flammes. Même sans l’amour passionnel des poèmes, nous avions vécu une quarantaine d’années ensemble et des vies dépendaient de nous deux. Aujourd’hui je suis seul pour affronter cela, et tout capitaine que je suis, cela me laisse parfois sans plan d’attaque.

« Que se passe-t-il réellement à Pelargir, Cayla ? »

Sous-entendu, pourquoi ce mariage, pourquoi est-elle loin des siens et de ses rêves alors qu’elle pouvait faire une bien meilleure union, pourquoi une loyale à minas Tirith exilée si loin alors que je l’ai toujours imaginé arpentant les rues et y élevant ses enfants, pourquoi son besoin de fuir, elle qui est beaucoup plus forte qu’elle ne le pense ?

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MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Mer 23 Déc - 17:18

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Un léger sourire naquit sur ses lèvres en l'entendant essayer de la sermonner sur son alimentation. Bien sûr que personne n'avait remarqué, une dame de haut rang n'est pas supposée se goinfrer, et personne ne faisait attention à elle de toute façon. Seule dans un royaume étranger, sans personne qui faisait réellement attention. Elle prit néanmoins un fruit et le mangea, sans faim, les lèvres serrées. Elle avait adoré grignoter toute sorte d'aliment qu'on trouvait à Minas Tirith, apportés des divers royaumes avec qui le Gondor commerçait, maintenant tout lui semblait fade et sans intérêt. Ce n'était désormais plus qu'un moyen de rester en vie et de conserver les apparences, aussi longtemps que nécessaire. Même si elle les avait en partie brisées en fuyant de Pelargir. Une erreur, elle en était consciente, mais rester là-bas sans rien dire, rien faire, rien apprendre, était insupportable. Et son père ne serait pas heureux d'apprendre qu'elle ne faisait qu'échouer dans la mission qu'il lui avait confiée, alors quand il saurait qu'elle avait en plus quitté le royaume conjugal...

Quand il m'a annoncé cette union, Père m'a parlé de rumeurs concernant mon futur époux. Des rumeurs qui disaient qu'il n'était pas aussi fidèle qu'on le croyait au Gondor et à l'Intendant. Un comportement qu'on ne pouvait permettre en ces temps troublés, surtout avec la présence de plus en plus oppressante des ombres à l'est. Il m'a dit qu'en étant aussi proche du Seigneur de Lebennin, je pourrais rapporter tout signe de cette éventuelle infidélité, ou quelconque comportement suspect, sans éveiller les soupçons. Pour le Gondor. Trois mots que son père avait prononcés ce soir-là, qui l'avaient convaincus alors qu'elle aurait voulu refuser cette union qui ne l'intéressait absolument pas. Mais il n'y a rien, de ce que j'en sais du moins. Ma présence n'est pas requise, ou même attendue, aux conseils donc je ne peux pas en savoir plus, et je n'ai entendu aucun bruit de couloir inquiétant. Rien qui ne justifiait sa présence à Pelargir, ou son mariage d'ailleurs, depuis des mois. Son père avait misé sur une proximité qui n'existait pas en réalité, tout comme il avait dû s'imaginer que l'homme confierait certaines choses à son épouse, comme lui l'avait fait par le passé avec sa propre femme, cette mère qu'elle avait tant aimé.

Mais son mari restait un inconnu avec qui elle n'échangeait que quelques mots polis et sans intérêt lorsque c'était nécessaire, bien loin de ce qui avait été espéré et prévu. Se levant finalement, elle remplit la coupe de son hôte, puis la sienne, restant debout plutôt que de se rasseoir pour le moment. Assise, sa robe l'étouffait. Debout elle lui pesait. Des vêtements trop lourds et ouvragés auxquels elle avait dû s'habituer, bien loin de ceux qu'elle avait porté avant son mariage, fait avait tout pour être pratique et faciliter ses mouvements. Quand elle était encore une simple soigneuse de bonne famille aux Maisons de Soin. Quand elle était encore libre de rêver à un avenir qui lui plairait. J'aurais vraiment aimé que ces rumeurs soient un peu plus... réelles... à Pelargir, qu'il y ait effectivement des murmures de rébellion contre l'Intendant... De quoi l'occuper, au moins quelques jours, et lui donner l'impression que sa présence était justifiée, qu'elle n'avait pas été vendue pour rien. La ville en elle-même n'est même pas intéressante. Désespérément plate, divisée par les canaux et la Sirith, rien de comparable à la vie ici. Le peu qu'elle avait vu ne l'intéressait pas, et elle ne s'était même pas rendue aux Maisons de Soin qu'elle savait pourtant présentes sur la rive nord. Sa place était de toute façon au palais, alors elle ne le quittait pas, en espérant qu'un jour elle pourrait avoir la preuve tant attendue de la sédition du Lebennin, ou au moins de son seigneur. Mais ce jour n'était pas venu et les mois avaient passé, lentement. Elle but avant de reprendre sa place dans le siège en face de Demenor, le regard à nouveau sur le feu. Des mois longs comme des années.




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MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Sam 26 Déc - 9:26

Home is where the heart is


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Je la surveille, m’assurant qu’elle mange, tout en écoutant ses paroles, en essayant de les graver dans ma tête, afin de tout comprendre. Son père, mon ami, est un fin politicien, un stratège hors pair. Et le mariage fait partie de ces tactiques que je ne maitrise pas. J’avais accepté mon mariage sans mot dire, mais c’était « une bonne chose », au dire de mes ainés. J’ai juste accepté les choses, et j’aurais laissé à ma femme le choix des prétendants pour notre fille. Mais aurais-je accepté de la marier à un traitre potentiel ? Certes, il est important, plus que jamais, de connaitre nos alliés, de nous assurer qu’aucun traitre ne viendrait, d’une manière ou d’une autre, affaiblir nos positions en renforçant la menace qui gronde au Mordor. Mais tout de même. Je suis un homme. Je sais ce qu’un mari fait à son épouse. Alors aurais-je fait comme mon ami ? Offrir ma fille aux assauts d’un traitre potentiel, en sacrifice pour la sécurité du Gondor ? J’aime mon pays, nul ne pourra jamais m’accuser du contraire, mais tout de même.

Je la remercie quand elle me sert, l’observant à travers le rougeoiement de l’âtre. Elle a changé. Elle n’est plus l’enfant que j’ai connu mais une vraie jeune femme, aux traits fins et aux gestes trop précis. Je l’ai connue soigneuse, je la découvre avec des gestes d’épouse. Je l’imagine mal en simple compagne. Si encore elle avait enfanté… Je l’ai vu avec mes enfants, je sais qu’elle ferait une épouse et mère parfaite. La maternité adoucit et donne du sens à la vie bien souvent. La paternité a donné une toute nouvelle orientation à la mienne. Je ne peux retenir un petit rire en l’entendant se plaindre de Pelargir. Il est vrai qu’à côté de notre merveilleuse cité, toutes les autres semblent bien mornes et ternes. Je m’en suis rendu compte lors des campagnes passées ou en rendant visite à la famille de ma femme.

« Nulle ne vaut Minas Tirith, il est vrai. Cayla, je ne m’y connais nullement en mariages, mais que ton époux se révèle un traitre ou non, quel avenir s’offre à toi ? Ton père ne te laissera pas quitter le seigneur de Lebennin. Tu sais que je t’aiderai, Cayla, mais dans ce monde, une femme a besoin d’un époux. »

Et quelle famille accepterait de s’unir à la femme d’un traitre ou à une femme qui a rompu le serment du mariage ? Je connais l’histoire, je connais la jeune femme en face de moi, mais les unions sont un tel échiquier politique que je m’inquiète pour elle, pour son avenir, pour la crainte idiote que pourraient éprouver certaines familles à son égard. Je ne voudrais pas qu’elle fasse un mauvais mariage comme Eldora avait connu avec moi. Se marier à un simple soldat… certes futur Capitaine, mais tout de même. Assez dégradant pour son statut d’après le peu que j’avais compris. J’avale mon verre avant de me relever pour me pencher sur Cayla et déposer un baiser sur son front, comme j’ai pu le faire des dizaines et des dizaines de fois.

« Veux-tu aller voir la ville Cay… »

Des cris retentissent, me faisant soupirer. Je reconnais l’agitation nocturne de mon petit dernier. Il ne fait toujours pas ses nuits, même à deux ans. Peut-être l’absence de sa mère.

« Voudras-tu aller voir la ville d’ici quelques minutes ? »

Je lui souris, avant de lui interdire de quitter la maison avant mon retour, passant une main sur son bras pour la rassurer. Elle ne craint rien ici. Quant à moi, je me dirige vers la chambre de mon fils. Je le connais, si je le laisse pleurer il serait capable de réveiller tout le quartier. Je le prends dans mes bras, le berce un peu, sans grand succès, avant de descendre de nouveau auprès de Cayla.

« Regarde qui est là, que je murmure à Maendir, tu la reconnais ? »

Le petit hoquette encore une ou deux fois, le pouce dans la bouche, tout en fixant Cayla de ses grands yeux dont il a hérité de sa mère. Au moins, il ne crie plus au risque de réveiller ses ainés. Je viens me réinstaller dans mon fauteuil, mon petit dernier toujours dans les bras alors qu’il continue d’observer  Cayla, ni sa sœur ainée, ni sa nourrice, mais je sais qu’il doit se souvenir d’elle.

« Je n’ai toujours pas trouvé la solution pour qu’il dorme paisiblement. En tout cas, tu as toujours un effet magique sur lui… Tu veux le prendre ? »

Autrefois, elle avait gardé mes enfants… autrefois… cela ne remonte guère qu’à plusieurs mois en réalité, mais ils m’ont peut-être paru plus longs que je ne l’aurais pensé.

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MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Dim 3 Jan - 23:35

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Il avait raison bien sûr. Dans ce monde une femme ne pouvait pas être seule, du moins pas d'où ils venaient. Quand à ce qu'il adviendrait d'elle dans le futur, que son mari se révèle être un traître ou non... Rien de bon. Si jamais il était effectivement coupable, il serait très certainement emprisonné, voir tué, et le titre passerait à son héritier ou un régent s'il était encore trop jeune. Pas elle. Elle n'avait aucun pouvoir à Pelargir, n'étant même pas la mère d'un héritier potentiel, et on la reverrait à Minas Tirith. Fille d'un membre du Conclave, Dame de Lebennin, femme d'un traître... Et aucun espoir de remariage avec une réputation pareille, surtout pas un de ceux dont elle rêvait encore quelques mois plus tôt. Si en revanche il s'avérait être tout à fait fidèle, au Gondor en tout cas, elle passerait le reste de sa vie à Pelargir, mariée, prisonnière et condamnée à vivre une vie qu'elle n'avait jamais voulu, loin des siens. Dans les deux cas elle était perdante. Bien sur elle pourrait s'y faire, trouver un semblant d'occupation et s'y consacrer, laisser le temps s'écouler en n'attendant plus grand chose jusqu'au dernier souffle qui finirait bien par venir un jour.

Elle sursauta presque en sentant le baiser sur son front, une marque d'affection qu'elle n'avait pas connu depuis longtemps, et laissa échapper un petit rire en entendant le cri qui interrompit net sa proposition déjà surprenante. Elle aurait aimé aller se promener à travers les rues de la ville qui l'avait vue grandir, se prélasser dans les jardins et regarder les millions d'étoiles dans le ciel, retrouver les silhouettes familières des bâtiments des différents cercles. Mais il n'était pas très sûr pour elle, du moins pour sa réputation, de se promener en ville, encore moins accompagnée d'un homme qui n'était pas son mari, comme il l'avait dit plus tôt. Contemplant le feu, elle buvait tranquillement son verre quand il revint avec son petit dernier. Il avait tant grandi durant son absence, mais toujours ces grands yeux qui se fixaient sur chaque détail qui l'entourait. Elle connaissait très bien tous les enfants du Capitaine, pour avoir grandi avec l’aîné et s'être occupée des deux plus jeunes, et le temps passé loin d'eux n'avait qu'alourdit une peine déjà bien présente.

Se levant, elle tendit les bras au petit garçon en lui faisant un grand sourire avant de le prendre et de le bercer contre elle. Le petit dernier de mon époux est comme ça aussi. Tous les enfants que le seigneur avait eu avec sa précédente femme l'appelaient Mère, mais ce n'était pas le cas. Un jour peut-être aurait-elle des enfants à elle, quelque chose qui la raccrocherait définitivement à Pelargir. Posant un baiser sur le crâne du petit être dans ses bras, elle retourna s'asseoir. Installant plus confortablement Maendir sur ses genoux, elle en profita pour l'ausculter rapidement. Mais il n'y avait rien, juste un bout de chou à qui la présence d'une mère manquait. Ça passera, à mon avis il aime surtout être dans les bras plutôt que seul dans son lit. Et vu les gazouillis qu'il produisait maintenant, c'était plus que probable. Je m'occupe beaucoup des enfants là-bas, ça permet de faire passer les journées... De trop longues journées, désormais rythmées par les besoins des enfants de son mari et le silence. Elle devrait y retourner, elle le savait, mais elle voulait profiter encore un peu de sa ville, de ceux qui comptaient, de chez elle, avant de repartir.

Finissant son verre en empêchant le petit sur ses genoux de l'attraper, elle releva finalement les yeux vers le Capitaine et lui sourit. Tu proposais d'aller voir la ville... Ce n'est peut-être pas la meilleure chose pour moi de me faire voir dans les rues, surtout sans mon mari. Du moins pas tant qu'elle n'aurait pas une raison valable qui justifierait sa présence ici, loin de celui qui était désormais son seigneur et maître. L'as-tu déjà emmené voir l'Arbre Blanc? Le septième cercle, celui presque entièrement réservé à l'Intendant et aux soldats qui y servaient, qu'elle avait elle-même pu apercevoir en de très rares occasions, était connu pour sa beauté mais surtout pour abriter le symbole du Gondor. Mort ou vivant, ça ne faisait aucune différence, l'Arbre Blanc était là, dominant et protégeant la ville à ses pieds. À moins bien sur que les enfants, aussi adorables soient-ils, ne soient pas autorisés là-haut.





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MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Mar 12 Jan - 16:29

Home is where the heart is


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Je l’observe. Comme pour ma fille, je ne m’étais jamais posé la question du mariage de Cayla avant que celui-ci ne soit conclu. Je ne m’étais jamais posé de question au sujet de n’importe quel mariage à dire vrai. Mais cette fois, c’est un peu différent, parce que les circonstances sont inédites. Si son mari est innocent des soupçons qui pèsent sur lui, alors ce sera un mariage tout ce qu’il y  de plus classique, et elle devra apprendre en tant que femme mariée, comme tout le monde. Mais s’il est un traitre… Personne ne reconnaitra jamais sa participation à cette révélation. Je laisse ces pensées courir dans mon esprit, n’ayant pas de réponse satisfaisante. Puis mon fils se rappelle à nous, réclamant un peu d’attention.

A part sa nourrice et sa sœur, aucune autre femme ne l’a bercé. On dit que je dois reprendre une épouse, ne serait-ce que pour les enfants, mais avec la menace qui gronde, je n’ai pas l’esprit à cela. Même si j’ai conscience qu’il faut absolument quelqu’un pour veiller sur eux si je devais quitter ce monde.

« Comme son père… »

Je ne retiens pas cette remarque, noyant mon sourire idiot dans le vin. Je ne devrais pas parler de cela avec une dame, encore moins une que j’ai pu considérer comme ma fille. Cela n’est pas décent.

« Tu seras une bonne mère, Cayla. Il est difficile d’aimer les enfants d’une autre comme les siens, mais quand tu auras les tiens, les choses seront différentes. »

Les enfants donnent un sens nouveau à la vie. Au départ on ne s’en rend pas compte et puis très vite, ils deviennent ce pour quoi on se bat, au même niveau que nos idéaux et nos valeurs. Je hoche la tête quand elle décline l’invitation. Avec un peu d’habileté, nous aurions pu dissimuler son visage, d’autant que je connais la ville et les zones les moins exposées. Me voir en compagnie féminine aurait pu attirer la curiosité de mes hommes, mais ils auraient eu la discrétion nécessaire au respect du grade.

« Non, je ne l’ai pas encore amené là-bas, avoué-je en perdant mon regard dans les flammes. J’avais six ans quand mon père m’y a conduit. Et Delendir avait six ans quand il y est allé, tout comme Ivriniel. Il doit être assez grand pour comprendre, pour ressentir l’amour qui le liera au Gondor. Ma première venue au pied de l’Arbre Blanc a changé ma vie. C’est ce jour-là que j’ai juré fidélité à notre terre et à l’arbre. Je suis parfois… honteux de rester en les murs quand nos soldats combattent vaillamment à l’extérieur. Mais ce jour-là, j’ai compris. Voir l’Arbre est une bénédiction. Je veux qu’il comprenne. »

Ma mère avait cuisiné un repas spécial ce jour-là, et j’avais bu du vin. Eldora avait préparé le même repas à Delendir, puis à notre fille. Maendir n’aura même pas cela. Je me relève après quelques minutes, chassant la mélancolie de mon âme et constatant que mon fils s’est endormi dans les bras de la jeune femme. Je le récupère alors, invitant Cayla à me suivre. Je gravis alors les quelques marches qui nous séparent de l’étage, avant de déposer mon fils dans son petit lit, effleurant sa joue de mes doigts calleux. Intimant d’un geste le silence à mon invitée, j’entrouvre deux autres portes, révélant les visages endormis d’Ivriniel et de Delendir.

« Tu auras l’occasion de les voir demain. Ce soir, je te laisse ma chambre. Tu pourras te reposer de ton voyage en toute sécurité. »

Je la guide jusqu’à ma chambre, l’invitant à rentrer, tout en restant moi-même sur le seuil. J’ai un peu honte de l’accueillir ici. Enfin, d’accueillir la Dame de Lebennin, dans un tel taudis.

« Eldora était une bien meilleure maitresse de maison que moi… »

Rien n’a changé depuis sa mort voilà deux ans. Il y a même encore des robes à elle dans un coffre. Je comptais les remettre à notre fille pour son mariage justement. Cayla est la première femme à rentrer dans cette chambre depuis ce jour. Je l’observe un instant, la question de son avenir me revenant en pleine face. Je reconnais la dévotion de mon ami au Gondor et estime le sacrifice auquel il a consenti en donnant sa fille à un traitre potentiel, mais elle ? Que lui arrivera-t-il si le seigneur de Lebennin est réellement un traitre ? Son père a certainement dû y penser…

« Cayla je sais que… cela serait un véritable camouflet pour quelqu’un de ton rang, mais si jamais ton mari est réellement un traitre et que les pires rumeurs s’abattent sur toi… Enfin, une femme a besoin d’un mari alors si les seigneurs se présentent comme des couards… Enfin… Nous sommes une famille de Capitaines et… »

Et un jour j’apprendrai à parler aussi bien que je manie l’épée. Je fais un geste devant moi, comme pour écarter les mots. Je suis bien trop vieux pour elle mais Delendir… Qu’en sais-je. Son père a forcément pensé à son avenir.

« Je dormirai en bas. As-tu besoin de quoi que ce soit ? »

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MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Dim 12 Juin - 20:41

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Son père aussi avait attendu qu'elle soit en âge de comprendre pour lui montrer l'Arbre Blanc, lui expliquant tout bas qu'il renaîtrait un jour alors que ses yeux se perdaient sur les hautes tours du palais. Un jour, s'ils servaient le Gondor et son Intendant comme leur famille le faisait depuis très longtemps, ils pourraient voir leur royaume bien aimé retrouver sa grandeur d'antan, de nouvelles fleurs pousser sur ces branches immaculées. Il avait posé une main sur son épaule et elle avait senti son cœur s'emplir de chaleur alors qu'elle répétait pour la première fois les trois mots fétiches de son père. Pour le Gondor. L'enfant d'alors avait été si fière, si heureuse de pouvoir dire qu'elle ferait tout pour aider les siens, bien loin d'imaginer ce que ces mêmes mots lui apporteraient des années plus tard. Je devais avoir six ans aussi, ma mère avait fait des pâtisseries décorées de fleurs blanches pour l'occasion. Caressant une dernière fois les cheveux du petit alors qu'il retournait dans les bras de son père, elle se leva et posa son verre sur la table. Il comprendra, comme nous tous. Tout comme il comprendrait au fil des années que ce même serment impliquait, comme ils l'avaient tous fait.

Elle l'avait suivi en silence dans l'escalier, sa main frôlant la rampe familière jusqu'à l'étage, observant l'homme coucher son cadet puis les visages endormis des deux aînés. Et malgré la pénombre elle pu voir qu'eux aussi avaient changés en quelques mois, ignorant encore ce qui les attendait réellement, la vérité derrière les beaux discours qu'ils avaient tous entendus. Après un dernier regard sur les portes désormais fermée, elle sourit au Capitaine. Tu t'en sors très bien, et ça ne fera que s'arranger avec le temps. La suite lui fit légèrement froncer les sourcils, non seulement à cause de la référence à ce nouveau rang qu'elle n'arrivait pas à accepter, mais surtout pour ce qu'il sous-entendait. Elle savait le déshonneur qui viendrait avec la révélation éventuelle de la traîtrise de son époux et toutes les conséquences sur sa vie et celle de ceux qui l'entouraient, qu'ils le veuillent ou non. Tu devrais peut-être en parler avec lui avant, et j'espère aussi qu'on me laissera le choix de mon prochain époux si l'actuel se révèle être effectivement un traître... S'il y avait effectivement un choix, ce dont elle doutait, et elle ne comptait pas imposer sa propre disgrâce au jeune homme. Va te coucher, je t'ai déjà trop retenu. Et merci. Posant une main sur le bras du capitaine, elle se haussa sur la pointe des pieds et posa un léger baiser sur sa joue rugueuse. Une légère pression sur son bras et elle entra dans la chambre, refermant en silence derrière elle avant de s'adosser au bois.

Fermant les yeux, elle laissa échapper un soupir soulagé. Elle était loin de Pelargir et de son mari, en sécurité dans la cité qui l'avait vu naître, la meilleure nouvelle depuis très longtemps malgré ce qui l'attendait le lendemain. Convaincre son père de la garder à Minas Tirith ne serait pas simple, son frère serait très certainement pire, mais ça attendrait le lever du soleil. Faisant quelques pas dans la petite pièce, elle se libéra de sa prison de tissus trop lourds qu'elle posa au pied du lit. Les épingles retenant sa coiffure compliquée rejoignirent une à une le chevet et elle tressa rapidement ses cheveux, se glissant finalement dans les couvertures pour s'y blottir avec un sourire, les paupières soudainement lourdes de fatigue. Ce soir elle n'aurait pas besoin d'imaginer la Cité Blanche à l'horizon pour se rassurer et se convaincre de tenir un jour de plus. Pour la première fois depuis des mois, elle pourrait dormir sans craindre d'entendre la porte s'ouvrir, sans redouter l'affaissement du matelas derrière elle, sans trembler en sentant une respiration dans sa nuque. Ici il ne pouvait pas l'atteindre, elle était en sécurité, et c'est cette pensée qui la fit finalement sombrer dans un sommeil paisible.




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MessageSujet: Re: Home is where the heart is   Aujourd'hui à 1:43

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